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Un long travail de mémoire initié par le chanoine Auguste Fayard à la
fin du siècle dernier, et poursuivi par les historiens locaux, a
permis de
démêler partiellement l’écheveau bien enchevêtré au cours des années.
Le temps bien-sûr, mais aussi d’autres contraintes d’ordre politique,
religieux,
économique ont certainement contribué à la manipulation des faits
historiques.
| Que
nous apportent les récentes
découvertes ? Le personnage de Calmin, s’il semble bien avoir existé, ne saurait figurer parmi les premiers fondateurs de l’abbaye. Une confusion entre deux noms homophones : Calmelius et Calminius pourrait être à l’origine de la falsification historique. Si l’existence de Eudes est bien attestée vers 675 à Calmel, une méprise avec un autre Eudes de Lérins, qui ne serait pas contemporain du premier semble probable. Pour autant, on ne peut nier l’orientation de Saint-Chaffre vers le monachisme provençal.Quand à saint Théofrède lui-même, son existence est bien confirmée selon des sources relatives à la vie des martyrs. Mais son trépas n’est en rien le fait de Sarrasins, lesquels seraient éventuellement passés par le Monastier 100 ans plus tard. Il semble bien que les faits antérieurs à 851 doivent être interprétés avec la plus grande prudence pour les raisons invoquées précédemment. Transmission des pouvoirs par
Eudes à Théofrède
cliché J.P. Chabanon |
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| Succédant à l’époque mérovingienne qui a vu naître de nombreuses et déjà puissantes abbayes, une nouvelle dynastie va asseoir durablement la chrétienté en Occident et conforter l’autorité du pape. Charlemagne est sacré empereur en la Basilique de Rome en l’an 800. Louis le Pieux puis Charles le Chauve vont favoriser l’essor de monastères comme celui de Calmel et préserver leur immunité face aux évêques. La grande peur de l’an 1000, les conditions de vie particulièrement rudes que connaissent les habitants de ces contrées, leur font espérer qu’après leur trépas ils pourront enfin jouir d’une vie éternelle meilleure. Les moines sont à leurs yeux les mieux à même de les préparer à ce dernier voyage. L’immense empire carolingien est divisé en comtés. Et malgré l’intervention des missi dominici, les comtes restent des personnages puissants aux pouvoirs étendus. | ![]() |
“… cependant, le
monastère de saint Chaffre renaît de ses cendres.
L’habile
initiative de Dructan, son gouvernement paternel, son administration
prudente
et éclairée donnent une vie nouvelle à la fondation de Calmilius, et
cette terre
arrosée par le sang d’un martyr reprend sa fécondité première…”
Les premières donations à l’abbaye ont lieu
dès cette époque. Elles
concernent parfois des terres éloignées de Calmel (dans le Vivarais par
exemple).
Sous l’abbatiat de Bodon
(vers 840-866), puis de Gauthier (vers
845–866), l’abbaye s’enrichit de nouvelles possessions et acquiert par
décision royale de Pépin II, une véritable immunité, notamment
vis-à-vis de l’évêché du Puy.Sous l’abbatiat de Rostaing
(866-906), les
relations avec l’évêque du Puy sont à nouveau tendues. L’abbaye connaît
une période de doutes. On parle d’un relâchement de la vie monastique.
“une fois encore Dieu
suscita un sauveur : Gotescalc,
moine puis abbé et
enfi n évêque du Puy” (Charte 43 du Cartulaire)
Abbé de Calmel de 920 à 927, Gotescalc (ou Godechaud) est à l’origine
d’une véritable résurrection de la vieille abbaye
mérovingienne. Il rétablit par l’intermédiaire des
moines clunisiens d’Aurillac la règle bénédictine
réformée par Benoit d’Aniane. (Cette règle
ponctue, à chaque heure du jour et de la nuit, la
vie du moine bénédictin, qui consacre son existence
entièrement à Dieu dans l’obéissance et
la prière).
Après un abbatiat assez court, il devient
évêque du Puy.
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L’abbé Dalmace (ou Dalmas de Beaumont) le
remplace
mais
Gotescalc conserve son infl uence sur le monastère.
Il sera l’un des premiers pèlerins vers
Compostelle pour y célébrer saint Jacques le Majeur, apôtre du Christ.
Il est également à l’origine de la construction de la chapelle
Saint-Michel
d’Aiguilhe et l’un des diffuseurs de la dévotion à la Vierge Marie au
Puy.
(Christian Laurençon-Rosaz). Ces nouvelles relations entre les autorités abbatiales et épiscopales se révèleront bénéfiques et Gotescalc veillera à ce que l’abbaye garde une véritable indépendance, notamment en conservant l’élection de l’abbé par les moines de l’Abbaye Saint-Théofrède.Au cours des abbatiats de Dalmace puis de Vulfade de nouvelles donations confortent la puissance grandissante de l’abbaye. En 951 l’évêque du Puy, accompagné de l’abbé de Calmel se rend à Rome pour authentifi er la soumission à Saint-Chaffre du monastère de Sainte-Enimie, sur les bords du Tarn. |
L’expansion chaffrienne se poursuit durant toute cette période
jusque
dans la vallée du Rhône (Valentinois, Diois), à Chamalières dans le
Velay où
est créé un nouveau monastère. Sous l’abbatiat de Vulfade (954-973) on
ne compte pas moins de 44 donations ou acquisitions.
L’abbé Vulfade
entreprend également de bâtir, sur les
lieux mêmes de l’ancien oratoire, un nouvel et magnifique
édifice à la gloire de Saint-Théofrède et Saint-Martin dont
les vestiges seraient encore visibles à l’extérieur de l’actuelle
abbatiale.
C’est durant l’abbatiat de Guigues I (985-998)
que
l’évêque du Puy confie à l’abbaye de Calmel la gestion
et l’administration du monastère Saint-Pierre-le-Monastier
situé dans la ville basse d’Anis (Le Puy-en-Velay, 992).
Le duché d’Aquitaine auquel est rattaché le Velay est à cette époque
sous
l’influence de grandes familles puissantes et rivales. Cette période de
crise
féodale pourrait être néfaste pour l’abbaye. Guy d’Anjou se révèle un personnage
puissant et influent et se fait fort de soumettre ses adversaires
(plaid de Saint-Germain Laprade).
| La construction de la nouvelle et majestueuse église abbatiale s’achève. Une autre église destinée au service paroissial et à l’accueil des fidèles est construite tout près de la première, coté sud : c’est l’église Saint-Fortunat, qui sera détruite au XIXème siècle. Sous l’abbatiat de Guigues II a lieu la donation du prieuré de Langogne à Saint-Chaffre. Guigues II se rend à Rome pour authentifier cet acte (998). En 1011, l’évêque de Valence confie à l’abbaye le monastère de Saint-Victor de Marseille (possession éphémère, cependant, qui ne durera que quelques dizaines d’années seulement). Puis c’est l’évêque de Grenoble qui cède le monastère de Saint-Laurent (1012). L’abbaye acquiert également au-delà des Alpes, dans le diocèse de Turin, les terres de Cervère pour y bâtir un prieuré. | ![]() |
Les excellentes relations de l’Abbaye de Calmel avec Rome et le respect
de la règle bénédictine contribuent à conforter l’infl uence et le
rayonnement
de l’Abbaye Saint-Théofrède parvenue à son apogée. Elle va le rester
sous les abbatiats de Guillaume III et Guillaume IV.
Guillaume III (1074-1086) va entreprendre de grands travaux, notamment
la construction d’une nouvelle église abbatiale à l’emplacement de
l’ancienne, celle de Vulfade, prématurément fragilisée. La construction
du
nouvel édifice s’achèvera avec Guillaume IV. Il fait également bâtir
de nouveaux
bâtiments conventuels et une bibliothèque, et enrichit considérablement
le trésor.
Carte de Cassini, 1754 cliché J.P.
ChabanonUne bulle du pape Alexandre III confi rme l’existence de 235 possessions en 1179 ( prieurés, églises, chapelles, etc.) . 35 en Haute-Loire, 59 en Ardèche, 55 dans l’Isère, 17 dans la Drôme, 8 dans le Vaucluse, 4 dans l’Aveyron, 3 dans le Puy-de-Dôme, 16 en Lozère, 1 dans le Gard, 14 en Italie dans le diocèse de Turin. L’abbaye Saint-Chaffre-Le-Monastier est assurément une abbaye puissante et infl uente. Elle sera aussi l’objet de convoitises dans les siècles à venir.

Ces grandes abbayes bénédictines, dont Cluny est bien sûr la plus prestigieuse vont subir maintes critiques, notamment de la part de Bernard de Clairvaux et des Cisterciens. Ils dénoncent pèle-mêle les décorations grotesques et la conduite des moines peu conforme à la règle à cette époque. Malgré ces attaques sévères, l’abbaye Saint-Chaffre se porte encore bien et conserve le soutien du pape. Mais au XIIIème siècle, c’est la fin de sa période d’expansion. Les nobles ne font plus de donation. L’abbaye se contentera dès lors de vivre de son héritage. Quelques abbés durant ces deux siècles sont à remarquer : l’abbé Joffroy qui sera évêque de Grenoble en 1223 et l’abbé Bernard nommé par le pape Jean XXII nonce (ambassadeur) auprès du roi de Lituanie.
Une nouvelle fois, en cette fin du XIIIème siècle, pouvoir temporel et pouvoir spirituel sont en conflit. Le droit de réserve permet de nommer à la tête des abbayes des laïcs, souvent des notables qui ne résident pas sur place. Les papes d’Avignon, qui poursuivent la réforme impulsée par Grégoire VII, tentent cependant de s’opposer à l’infl uence des laïcs. Aux XIVème et XVème siècles la guerre de cent ans ravage le pays et rançonne sa population.Les “grandes compagnies”, bandes de mercenaires souvent très nombreux, enrôlés en temps de guerre, mais abandonnés à eux-mêmes en dehors des périodes de conflit, se livrent au pillage et à la dévastation.
En 1361,
les
“routiers” dévastent l’Abbaye Saint-Chaffre. Un capitaine s’y
installe : Perrin Boeuf (ou Bouveteau). Du 19 Janvier au 7 Mars 1363 le
sénéchal
de Beaucaire fait le siège de la ville, finit par chasser les routiers,
et libère
Le Monastier. Pour se protéger l’abbaye élève de solides remparts.
Seules deux
ou trois issues étroites permettent de pénétrer dans le monastère.
L’abbé Jacques de Caussans (1360-1370) fait également construire, pour
sa propre protection et avec l’accord de ses moines, un château fort
près
de l’abbaye en 1361. En cette fin du XIVème siècle, Le Monastier et les
campagnes
environnantes sont durement touchées par ces assauts successifs,
notamment des Anglais.