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Grâce à deux abbés courageux, l’abbaye, très affaiblie par les troubles incessants des dernières décennies, va à nouveau connaître une période faste.

Il est issu d’une illustre maison du Languedoc. Sous son abbatiat vont débuter de gros travaux, suite probablement à un événement sismique : on lui attribue la restauration des voûtes des chapelles, du déambulatoire et également du choeur. (1) Ce personnage prestigieux restera 11 ans à la tête de l’abbaye puis connaîtra ensuite une destinée tout à fait remarquable. C’est le premier abbé commendataire de l’abbaye Saint-Chaffre. Ses armes sont visibles dans les clés de voute du déambulatoire. Il offre aussi au trésor une grande peinture sur bois sur laquelle il est représenté à genoux écoutant religieusement Saint Jean.
Le système de “la commende”permettait à des personnes remarquées et choisies, soit par le pape, soit par le roi, de bénéfi cier, en récompense de services rendus, de l’octroi d’une charge d’abbé, sans avoir été auparavant moine ou résident. Issu d’une famille noble du Rouergue, François d’Estaing est nommé abbé de Saint-Chaffre en 1493 par bulle papale. Il le restera jusqu’en 1504 avant de devenir abbé de Sénanque puis évêque de Rodez, ambassadeur du roi à Rome, recteur du Comtat Venaissin et vice-légat à Avignon ! Durant son abbatiat il poursuit les travaux de restauration de Vital Herailh. On lui attribue aussi l’escalier devant l’église ainsi qu’un magnifique jubé disparu depuis. A l’abbé Gaspard de Tournon (1504-1520) sont attribuées la restauration des voûtes gothiques et la construction de l’orgue.
Une famille va diriger pendant plus de 150 ans l’Abbaye Saint-Chaffre.
Les Senecterre sont une
puissante famille du Velay. La famille aux cinq fuseaux
est également présente à la Chaise-Dieu
et à l’évêché du Puy.
En 1520,
Charles Ier de Senecterre est
“préposé au gouvernement de l’abbaye”. Il le
restera
jusqu’en 1558 et fera ajouter dans le chevet de l’église abbatiale une
cinquième chapelle
rayonnante avec voûte à caissons de style renaissance
richement décorée. Sur cette voûte sont
représentés les grands personnages
de l’époque : François Ier (représenté par son emblème :
la salamandre)
et Henri II, futur roi de France. Une vingtaine d’armoiries y fi gurent
(Rochebaron,
d’Albon de Saint-André, Senecterre, etc).
En 1525, il fait reconstruire également le château abbatial
partiellement détruit lors d’un incendie.
En 1667, l’abbaye est rattachée à la congrégation de Cluny. Elle perd
son titre de “chef d’ordre”et sa fonction élective.
D’autres abbés commendataires : le cardinal de Bonzi (1677-1702) et le
cardinal de Castries (1702-1747) qui entreprend la réfection des
bâtiments conventuels.
L’abbaye compte encore vingt-et-un moines en 1768 qui n’ont que
rarement
l’occasion de rencontrer leur abbé qui a d’autres préoccupations,
quand il n’est pas lui-même à la tête de plusieurs abbayes.
L’abbé Lefranc de Pompignan, dernier abbé du Monastier, demande au
pape Pie Vl le rattachement de l’abbaye à l’archevêché de Vienne, et
ce, malgré
les protestations véhémentes des moines et de la population du
Monastier
qui lui intenteront un procès auprès du parlement de Toulouse. Un
jugement sera prononcé en leur défaveur à la veille de la Révolution.
Abbé
de Saint-Chaffre, Lefranc de Pompignan deviendra donc également
archevêque
de Vienne.
Par souci d’économie, il fera raser les tours du château abbatial.
Un édit de Louis XVI en 1786 vient signer l’arrêt de mort de nombreuses
abbayes. Saint-Chaffre sera concernée par cette funeste décision.
A la Révolution douze moines occupent encore le monastère. Ils seront
chassés, trois seront déportés et deux autres tués.
Ainsi s’achève l’histoire de la prestigieuse abbaye
Saint-Chaffre-du-Monastier.
Les biens seront vendus et dispersés au titre de biens nationaux.
"Il
fut bâti par
jacques de Cauzan en 1364
qui, à la suite des pillages occasionnés par les routiers de Bouveteaut
lors de la guerre de cent ans envisagea de se mettre à l'abri de
semblables actions". (Jean-Frédéric Pradier: Sur les chemins de
l'histoire, éd. du Roure).